Tiers-lieux.be ?

Tiers-lieux.be n’est pas un tiers-lieu mais une initiative citoyenne dont les buts sont :

  • Offrir une définition « dictionnaire » claire de ce qu’est un tiers-lieu afin de permettre à chaque initiative de savoir si elle rentre ou non dans ce type de configuration.
  • Recenser les tiers-lieux sur le territoire belge francophone.
  • Détecter les initiatives s’inscrivant sans le savoir dans la configuration tiers-lieu.
  • Promouvoir une certaine forme de tiers-lieux.
  • Assurer une veille quant à l’emploi du terme tiers-lieu.
  • Documenter les bons et mauvais usages du terme tiers-lieu.

La définition proposée – Espace physique prévu pour accueillir une communauté afin de permettre à celle-ci de partager librement ressources, compétences et savoirs. – est volontairement courte et n’est pas appelée à évoluer.

Nous pensons que s’il semble si difficile de définir les tiers-lieux, c’est précisément car la majorité des définitions existantes n’en sont pas.

Nous avons recenser plusieurs types de définitions problématiques :

  • Une explication approximative, souvent basée sur des comparaisons, car elle même basée sur une mauvaise compréhension d’un autre type de définition.
  • Des phrases sorties de leur contexte des écrits d’Oldenburg sans tenir compte des caractéristiques.

Notre but n’est donc pas de donner une nouvelle définition encyclopédique du mot « tiers-lieu » mais une définition « dictionnaire » correspondant aux points caractérisant les tiers-lieux selon Ray Oldenburg :

  • Terrain neutre : Les occupants du lieu sont libres et ont peu de responsabilités. Ils peuvent aller et venir comme bon leur semble
  • Ouverture : Aucune importance n’est accordée au statut social ou politique d’un membre afin d’assurer le sentiment d’appartenance à une communauté.
  • Communication : Celle-ci ne doit pas être la seule activité du tiers-lieu mais elle est importante, ainsi que le fait qu’elle s’organise de manière joyeuse et spontanée.
  • Accommodant : Les tiers-lieux doivent répondre aux besoins du plus grand nombre et faire en sorte que chaque membre ait le ressenti d’avoir tous ses besoins satisfaits.
  • Le noyau dur : Ce sont les personnes qui donneront au lieu son orientation et son ambiance, incitant la venue de nouveaux membres.
  • Structuration : Les tiers-lieux sont des lieux habituellement sains, sans extravagance mais avant tout chaleureux. Ils ne sont ni snobs, ni prétentieux et acceptent des personnes provenant de tous les milieux.
  • L’ambiance : L’ambiance dans un tiers-lieu est toujours joyeuse et les discussions se feront dans le respect l’un de l’autre, sur un ton amical.
  • Une maison hors de la maison : Le tiers-lieu offre à ses occupants de la chaleur et un sentiment de possession et d’appartenance qui amènera le tiers-lieu à être aussi ressourçant que sa propre maison.

La veille quant à l’emploi du mot, surtout en francophonie, nous semble importante afin de remettre certaines réflexions de Oldenburg en avant, car il n’est lui-même pas toujours satisfait de l’emploi fait du terme tiers-lieu, ce qui est bien moins documenté en francophonie et peut amener à de mauvaises interprétations.

Par exemple, Starbucks, se revendiquant ouvertement comme un tiers-lieu, amène un journal comme le Monde, dans un article de août 2018, « Starbucks : sous le vernis, une multinationale comme les autres » à faire référence aux tiers-lieux de la manière suivante :

« Un génie marketing palpable dans la conception même de ses boutiques ; dans les années 1980, le sociologue Ray Oldenburg théorise la notion de troisième lieu, un espace de détente entre le domicile et le lieu de travail. Starbucks sera le premier à introduire de larges et moelleux fauteuils dans ses salons, car « ce qui compte, ce n’est pas le café mais d’avoir un moment à soi, un lieu où on s’accorde une pause », renchérit Scott Bedbury, gourou de la publicité passé par Starbucks.« 

Cela, sans indiquer que Ray Oldenburgh n’était pas satisfait que Starbucks se proclame tiers-lieu (Starbucked de Taylor Clark) et qu’il avait refusé d’en faire la promotion (Q/A Ray Oldenburg – 360 Magazine« The Joy of Tippling » de Oldenburg).

Dans cet échange questions/réponses de 360 Magazine, Oldenburg s’étonne de l’adoption par le monde de l’entreprise du concept de tiers-lieu, mais souligne que s’il est important pour les entreprises de créer des tiers-lieux, c’est bien pour permettre aux travailleurs d’avoir un lieu où s’évader, se reposer et rencontrer ses collègues dans un autre cadre que celui du travail :
« Les entreprises auraient tout intérêt à développer les tiers-lieux dans leurs voisinages. En vérifiant que les employés puissent « s’évader », elles seraient assurées de fidéliser les individus les plus doués. »

Au fil des années, ce sont 10 caractéristiques, parfois différentes, souvent mieux définies qui ressortent :

  • Promouvoir la démocratie : Offrir un endroit où chacun est libre de s’exprimer.
  • Unité du voisinage : Créer de la cohésion sociale afin que des voisins sans liens entre eux puissent se rencontrer.
  • De multiples amitiés : Avoir un lieu où l’on est bien permet de créer l’amitié avec les autres personnes s’y sentant bien.
  • Booster spirituel : La multiplicité des profils s’y sentant bien permet de faire évoluer la mentalité des gens s’y trouvant.
  • Aire de rassemblement : En cas de problème majeur ne pouvant être résolu par les pouvoirs publics, les tiers-lieux seront des lieux où la communauté prendra le devant sur les pouvoirs publics.
  • Création d’un capital social : Favoriser l’économie en permettant à des gens qui ne se connaissent pas de faire découvrir leurs centres d’intérêts et apprendre à se faire confiance.
  • Des économies : En plus d’être un lieu où chacun tentera d’apporter son aide, soit par des connaissances, soit par du matériel, à celui en ayant besoin, ce sera également un lieu où il sera plus facile de s’intégrer dans différents autres secteurs, tel que celui du travail.
  • Retraite heureuse : Grâce à un tiers-lieu, il est possible quotidiennement de satisfaire un besoin de « retraite ».
  • Développement personnel : Les tiers-lieux sont des lieux rassembleurs de nombreux profils différents permettant ce développement ainsi que l’apprentissage du « vivre ensemble ».
  • Forum intellectuel : Il faut pouvoir discuter de tous les sujets en basant son argumentation sur la réflexion.

Actuellement, ce que beaucoup appellent « L’évolution des tiers-lieux » n’est souvent pas du tout une évolution mais une perte de certaines caractéristiques afin de permettre à un lieu de se revendiquer tiers-lieu. Une vrai évolution doit être de travailler à chacune des caractéristiques et d’en explorer toutes ses possibilités, les documenter et offrir ce travail, idéalement collectif, à tout autre tiers-lieu.