Définition

La définition proposée – Espace physique prévu pour accueillir une communauté afin de permettre à celle-ci de partager librement ressources, compétences et savoirs, en répondant aux critère établis par Ray Oldenburg. – est volontairement courte et n’est pas appelée à beaucoup évoluer à l’avenir.

Nous pensons que s’il semble si difficile de définir les tiers-lieux, c’est précisément car la majorité des définitions existantes n’en sont pas.

Nous avons recenser plusieurs types de définitions problématiques :

  • Une explication approximative, souvent basée sur des comparaisons, car elle même basée sur une mauvaise compréhension d’un autre type de définition.
  • Des phrases sorties de leur contexte des écrits d’Oldenburg sans tenir compte des caractéristiques.
  • Une définition sortie dont ne sait où, contradictoire à tous les principes et ne présentant qu’un « lieu tiers ».

Mais surtout, la majorité d’entres elles font passer à la trapper la majorité des caractéristiques d’un tiers-lieu.

Par exemple, Starbucks, se revendiquant ouvertement comme un tiers-lieu, amène un journal comme le Monde, dans un article de août 2018, « Starbucks : sous le vernis, une multinationale comme les autres » à faire référence aux tiers-lieux de la manière suivante :

« Un génie marketing palpable dans la conception même de ses boutiques ; dans les années 1980, le sociologue Ray Oldenburg théorise la notion de troisième lieu, un espace de détente entre le domicile et le lieu de travail. Starbucks sera le premier à introduire de larges et moelleux fauteuils dans ses salons, car « ce qui compte, ce n’est pas le café mais d’avoir un moment à soi, un lieu où on s’accorde une pause », renchérit Scott Bedbury, gourou de la publicité passé par Starbucks.« 

Cela, sans indiquer que Ray Oldenburgh n’était pas satisfait que Starbucks se proclame tiers-lieu (« Starbucked » de Taylor Clark) et qu’il avait refusé d’en faire la promotion (Q/A Ray Oldenburg – 360 Magazine« The Joy of Tippling » de Ray Oldenburg).

Dans cet échange questions/réponses de 360 Magazine, Oldenburg s’étonne de l’adoption par le monde de l’entreprise du concept de tiers-lieu, mais souligne que s’il est important pour les entreprises de créer des tiers-lieux, c’est bien pour permettre aux travailleurs d’avoir un lieu où s’évader, se reposer et rencontrer ses collègues dans un autre cadre que celui du travail :
« Les entreprises auraient tout intérêt à développer les tiers-lieux dans leurs voisinages. En vérifiant que les employés puissent « s’évader », elles seraient assurées de fidéliser les individus les plus doués. »

Le travail dans un tiers-lieu est une chose essentielle, mais il doit correspondre à des besoins personnels ne pouvant pas forcément être remplis dans le « premier lieu », le domicile, et n’étant pas ceux du « second lieu », l’entreprise, « le travail ».

Créer des lieux de co-working car il est plus intéressant économiquement, de par l’espace gagné, pour un groupe de patrons de voir leurs employés travailler dans un seul espace, aux règles plus douces, où il est possible de mutualiser beaucoup de choses, ne font pas de ces lieux des tiers-lieux : Un espace de co-working ne sera un tiers-lieux que si les coworkers sont là pour développer leurs propres activités ou leurs passions, pas s’il n’est composé que de gens amenant leur « second lieu » dans le troisième…

Il est important de rappeler qu’un lieu devient tiers-lieu s’il répond à certains critères et non que l’on peut créer un tiers-lieu en n’en réunissant que certains.

Il est également important de se rappeler que le tiers-lieu est subjectif. Ce n’est pas car vous retrouverez les huit caractéristiques dans un lieu qui pourra devenir votre tiers-lieu qu’une autre personne ne trouva pas l’endroit moche, peu accueillant, éloigné de ses idées, au noyau dur et à la communauté complètement stupide…

Au fil des années, ce sont 10 caractéristiques, parfois différentes, parfois mieux définies qui ressortent :

  • Promouvoir la démocratie : Offrir un endroit où chacun est libre de s’exprimer.
  • Unité du voisinage : Créer de la cohésion sociale afin que des voisins sans liens entre eux puissent se rencontrer.
  • De multiples amitiés : Avoir un lieu où l’on est bien permet de créer l’amitié avec les autres personnes s’y sentant bien.
  • Booster spirituel : La multiplicité des profils s’y sentant bien permet de faire évoluer la mentalité des gens s’y trouvant.
  • Aire de rassemblement : En cas de problème majeur ne pouvant être résolu par les pouvoirs publics, les tiers-lieux seront des lieux où la communauté prendra le devant sur les pouvoirs publics.
  • Création d’un capital social : Favoriser l’économie en permettant à des gens qui ne se connaissent pas de faire découvrir leurs centres d’intérêts et apprendre à se faire confiance.
  • Des économies : En plus d’être un lieu où chacun tentera d’apporter son aide, soit par des connaissances, soit par du matériel, à celui en ayant besoin, ce sera également un lieu où il sera plus facile de s’intégrer dans différents autres secteurs, tel que celui du travail.
  • Retraite heureuse : Grâce à un tiers-lieu, il est possible quotidiennement de satisfaire un besoin de « retraite ».
  • Développement personnel : Les tiers-lieux sont des lieux rassembleurs de nombreux profils différents permettant ce développement ainsi que l’apprentissage du « vivre ensemble ».
  • Forum intellectuel : Il faut pouvoir discuter de tous les sujets en basant son argumentation sur la réflexion.

Actuellement, ce que beaucoup appellent « L’évolution des tiers-lieux » n’est souvent pas du tout une évolution mais une régression car perte de certaines caractéristiques afin de permettre à un lieu de se revendiquer tiers-lieu.
Une vrai évolution doit être de travailler à chacune des caractéristiques et d’en explorer toutes ses possibilités, les documenter et offrir ce travail, idéalement collectif, à tout autre tiers-lieu.